Responsabilité numérique et recherche en sciences sociales : une conférence sur les traces numériques
Marta Severo, coordinatrice du projet RENUM, a partagé ses réflexions autour de l’application d’une approche numérique responsable dans la recherche en SHS dans le cadre du séminaire du IZEW (International Center for Ethics in the Science and Humanities) de l’université de Tübingen .
Cette conférence interroge une question centrale :
le chercheur doit-il construire une approche responsable du numérique, et que signifie concrètement “prendre la responsabilité” du numérique dans la recherche ?
La conférence propose un déplacement du regard : plutôt que de chercher à « responsabiliser le numérique » en tant que technologie, elle invite à penser la responsabilité du chercheur face aux usages du numérique et aux traces qu’ils génèrent. En s’appuyant sur une généalogie du concept de responsabilité, depuis la responsabilité sociale des organisations (CSR) jusqu’aux cadres contemporains de la recherche responsable, la conférence mobilise également une réflexion philosophique issue de l’éthique de la responsabilité, ainsi que les cadres disciplinaires et juridiques actuels (éthique de la recherche en ligne, RGPD).
Le cœur de la proposition repose sur l’analyse des traces numériques, entendues non comme de simples données, mais comme des inscriptions socio-techniques persistantes, détachables de leur contexte initial et susceptibles d’être réutilisées dans le temps. La conférence distingue en particulier les traces volontaires et involontaires et insiste sur la distinction entre la volonté, l’intention et la motivation des acteurs qui les produisent.
À partir de trois cas d’étude (pratiques touristiques sur Instagram, collecte participative de traces du quotidien et écriture collaborative sur Wikipédia) la conférence montre que si les motivations sont historiquement situées et souvent perdues lors de la réutilisation des traces, la volonté et l’intention constituent des repères plus robustes pour penser la responsabilité de la recherche dans le temps. La conférence défend ainsi l’idée d’une responsabilité numérique comme “stewardship des traces” : une responsabilité située, organisationnelle et temporelle, qui engage les chercheurs à anticiper les effets de la recontextualisation des traces numériques et à renforcer la réflexivité des pratiques de recherche à l’ère du numérique.
