Transcription webinaire #1
Webinaire RENUM
Les métiers de la responsabilisation numérique: organisation, formation, mutation
30 janvier 2026
Durant cette session, nous avons accueilli Philippe Vachet, Directeur général de l’Agence LUCIE, dont l’intervention intitulée Évaluer une démarche numérique responsable : actualités et perspectives a consisté à présenter les activités de l’agence LUCIE et du label “Numérique Responsable”. Il est notamment revenu sur la labellisation NR de plus de 350 organisations et sur les défis rencontrés dans l’accompagnement de ces organisations.
Ensuite, nous avons écouté Lydie Bousseau, Chargée de mission Sobriété Numérique, ADEME, et Chiara Giraudo – Ingénieure pédagogique, CNRS, IRIT. Lors de leur présentation, Alt-Impact : Actions du programme et état des lieux dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, elles ont présenté le programme Alt Impact qui a pour objectif de former et d’outiller à la sobriété numérique. Leur intervention a proposé un focus sur la cible enseignement supérieur et recherche.
Enfin, nous avons accueilli Mathilde Vassor, Maîtresse de conférences en SIC à l’Université Rennes 2 (PREFICS) et Romain Vindevoghel, Doctorant en SIC à Sorbonne Université (GRIPIC / Dicen-Idf). Leur communication a interrogé la façon dont la formule « numérique responsable » transforme les métiers du secteur du numérique. À partir d’une enquête menée pendant un an pour le Catalyseur de la communauté de communes Paris Ouest la Défense, ils ont détaillé les différentes transformations des métiers et des compétences autour du « numérique responsable ».
Nous remercions Système RISP pour la transcription en vélotypie.
Philippe Vachet – Évaluer une démarche numérique responsable : actualités et perspectives
Introduction et présentation de l’agence Lucie
Je vais vous parler du label numérique responsable, et dire un peu de quoi il parle, de son contexte et de son contenu. Alors tout d’abord un petit mot, qui vous parle? Philippe Vachet, directeur général de l’agence Lucie, depuis trois ans, et l’agence Lucie a plus de 15 ans d’existence, c’est 25 collaborateurs, 16 ans d’existence exactement, une communauté de 1300 organisations, comme le disait Lucas, 350 sur le numérique responsable. On est également un organisme de formation avec une cinquantaine de programmes de formation, des parcours sur le métier de référent RSE et un parcours sur le référent numérique responsable. Et donc des labels RSE et numérique responsable avec chaque fois plusieurs niveaux de ces labels : est sur des labels dits de progrès.
Pourquoi un label numérique responsable et quels bénéfices ?
Pourquoi un label sur le numérique responsable tout d’abord? Pourquoi en avoir fait un? Et pourquoi d’ailleurs avec des partenaires qui ont été mentionnés, Alt Impact, ADEME, CNRS, INRIA, on travaille et on réinvestit sur ce label, sur le référentiel du label. Pourquoi? Parce qu’une démarche numérique responsable, ça apporte beaucoup de choses aux organisations. Tout d’abord sur leurs activités internes. Alors on retrouve les avantages d’une démarche RSE, une démarche de développement durable en général, c’est-à-dire mobiliser les collaborateurs, attirer, recruter. Et dans le domaine du numérique, c’est un point parfois clé, voire vital d’une organisation. On anticipe les évolutions des règles, réglementations : et donner du sens à son action. Et puis réduire les coûts, je le mettrais en dernier mais c’est souvent un point prioritaire pour beaucoup d’organisations, et qu’il faut avoir à l’esprit. Faire du numérique responsable, c’est rentable, tout simplement.
Ensuite, on a des activités externes, et on s’adresse plus au reste de la société. Donc on a la notion de fidélisation des clients, des utilisateurs, des adhérents quand on est une association. Amélioration de l’image de l’entreprise, et là, c’est plus orienté entreprise mais c’est un label valable également pour les organisations non-commerciales. On renforce la chaîne de valeur. Ça, ça touche vraiment tout le monde. On renforce les partenariats, on a une meilleure acceptabilité sociale, et les bonnes relations avec les pouvoirs publics, et la gestion des risques. Et bien sûr là je parle des avantages pour les entités qui se labellisent. Je ne parle pas des avantages pour la société en général. C’est-à-dire que globalement, quand vous avez un tissu économique qui est fortement impliqué dans le numérique responsable, eh bien vous limitez les risques globaux pour ce bassin économique. Quand on parle par exemple des risques de gouvernance ou de souveraineté numérique.
Le label aujourd’hui : partenaires, déploiement et succès
Alors où est-ce qu’on en est aujourd’hui? Le label est un partenariat entre l’agence Lucie, l’INR et France IT. Cela a démarré avec Lucie et INR, et ça a fusionné avec un autre label de France IT. Ce sont des labels qui nécessitent des audits, des moyens conséquents, 350, même un peu plus à ce jour, d’entreprises en démarche de labellisation ou labellisées, c’est une vraie réussite. Des labels RSE, on en a environ 1000, des membres, dans la communauté Lucie, alors que c’est un des plus importants réseaux RSE en France. C’est un label qui a un bon succès qui donc répond à un grand besoin. Qu’est-ce qu’il fait changer? Là je vais rentrer plus dans le label lui-même, le contenu, qu’est-ce qu’il y a dans le référentiel concrètement?
Le référentiel du label : grandes thématiques et logique générale
Alors je pars sur quatre thématiques, je ne fais pas dans le détail mais dans les grandes lignes, sinon je ne tiendrais pas les 20 minutes qui me sont données. Tout d’abord une première thématique, de parler de la stratégie et de la gouvernance. L’objectif de cette partie, c’est de donner du sens à son projet, à sa démarche, de mesurer les résultats, donc de dire que je ne fais pas une démarche pour dire que je fais juste une démarche, mais d’avoir des résultats. Et d’impliquer la direction, la gouvernance au sens large, de l’organisation.
Dans tout projet RSE, ce qui fonctionne en développement durable, ce sont les démarches où la stratégie de l’organisation est impliquée. Bien sûr parfois, il faut accepter de démarrer des démarches par une petite équipe qui n’est pas tout à fait reconnue par la gouvernance, ça permet de démarrer. Mais là où c’est vraiment efficace, c’est quand le projet fait vraiment partie de la stratégie de l’organisation. Et en numérique, c’est extrêmement important. Grâce à cette thématique, le projet numérique responsable devient concret dans l’organisation.
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire des choses très simples, mais souvent ça commence par des nominations d’un ou plusieurs référents, et puis l’affectation de moyens, d’un budget. Alors ce n’est pas forcément des choses qui coûtent cher en acquisition, mais au moins un budget en termes de temps. Ensuite on a des indicateurs précis qui vont être rapportés à la direction. C’est-à-dire que dans le cadre du label, on va exiger d’avoir un reporting et des éléments de data, des indicateurs qui soient véritablement présentés, qui ne restent pas juste dans un petit coin pour dire qu’on a fait des mesures pour l’auditeur, c’est présenté à la gouvernance. Et derrière, ça fait partie de la méthodologie du label, c’est l’analyse et la prise en compte de ces enjeux prioritaires. Car dans une démarche RSE, donc du développement durable dans laquelle s’inscrit le numérique responsable, il faut absolument, et c’est extrêmement important, prioriser ces enjeux non pas en fonction de ce que l’on aime faire, de ce qui est facile à faire, de ce qu’on a déjà fait, mais en fonction de nos impacts. C’est-à-dire que si votre impact, c’est les PC, les matériels utilisés par les utilisateurs, c’est là qu’il faut mettre la priorité. Si votre impact principal, c’est les logiciels ou les conséquences sociales de vos conceptions, c’est là qu’il faut travailler. Donc il y a un ensemble de sujets priorisés, c’est essentiel. Autrement on peut avoir une liste à la Prévert d’actions menées mais qui ne servent pas à grand-chose car vous avez mis en place un super truc pour limiter le nombre d’impressions, mais les impressions, c’est 3% de vos émissions carbone, donc ce n’était pas ça la priorité dans votre entreprise.
Déploiement de la démarche : compétences, pratiques et modèle économique
La deuxième thématique, c’est le soutien à la stratégie NR. C’est le fait de dire qu’on a intégré des éléments du projet dans la gouvernance, et maintenant, qu’est-ce qu’on met comme moyens pour soutenir véritablement la démarche? L’objectif est de généraliser les bonnes pratiques, faire évoluer les mentalités, et faire monter les équipes en compétences. Donc on voit la dimension information, sensibilisation. Et également faire évoluer les modèles économiques, ça c’est le Graal, entre guillemets, c’est l’étape la plus élevée, qui est de dire: je vais jusqu’à faire évoluer mon modèle économique.
Comment est-ce qu’on concrétise ça? Tout d’abord généraliser les bonnes pratiques, faire évoluer les mentalités, c’est la mise en œuvre d’actions de sensibilisation, tout d’abord, de partage de bonnes pratiques. Le partage d’expérience est extrêmement important, le numérique est une activité extrêmement riche, innovante, les idées foisonnent, ainsi que les nouveautés. C’est par le partage qu’on va connaître un nouveau service, mieux écoconçu, permettant de faire des progrès. Donc là-dessus, on va demander concrètement les ateliers, les communications publiques faits en interne.
Ensuite, on monte d’un cran avec la notion de formation. La formation, là on rentre dans le plan de formation et dans le fait de dire: tel ou tel poste sont formés à telle ou telle fonction. Donc la communication responsable, les achats, il y a tout un tas de formations adaptées aux publics. Ici, on va évaluer le fait d’avoir mis en œuvre des formations et la pertinence des formations par rapport aux publics. Si vous avez 200 développeurs dans votre organisation et que vous avez formé trois personnes, ce n’est pas la même chose. Par contre, si vous avez sensibilisé pendant 2h 200 personnes, c’est bien, mais on peut se demander si l’objectif n’est pas plutôt de former fortement dix, quinze, vingt personnes qui vont donner l’impulsion. Donc on évalue selon la pertinence en fonction des enjeux. Ensuite, des actions de communication sur le numérique responsable, faisant en sorte de pousser des pratiques. On informe tout le monde que désormais, dans l’entreprise, on a mis en place telle ou telle solution. Et l’évolution du modèle économique pour valoriser sa démarche NR, on le voit pas mal sur des concepteurs de services, il y a des concepteurs de sites Internet qui refusent des missions s’il n’y a pas la dimension d’écoconception. C’est le fait d’avoir des entreprises qui disent: je conçois des sites écoconçus. Et si vous ne faites pas de sites écoconçus, je passe mon chemin. Donc là, on conçoit son modèle économique sur des bases de numérique responsable. Et des exemples, il peut y en avoir beaucoup. C’est là qu’on est le plus fort et ce sont des entreprises qui réussissent bien.
Cycle de vie des services, achats responsables et impacts techniques
Ensuite, le cycle de vie de services numériques, et ça inclut les matériels, même si ça peut paraître un peu étrange en première lecture. Le but est d’allonger la durée de vie des matériels, réduire le matériel non-essentiel, le matériel qui consomme le moins est celui que je n’achète pas. Et intégrer des critères d’écoconception dans ses achats IT, avec ses fournisseurs, ses partenaires.
Des exemples, des politiques de réparation et entretien plutôt que du remplacement, c’est quelque chose qu’on voit beaucoup, d’abord se poser et se dire: plutôt que d’avoir des achats en volume et de ne pas chercher la réparation, je prends des systèmes de location, des systèmes avec un prestataire de maintenance, ce sont des actions concrètes qu’on voit très souvent. On voit beaucoup la notion de durée d’usage, notamment par rapport à l’amortissement financier du matériel. Pour donner un exemple, on a un groupe de clients issus de groupes bancaires importants, ils sont passés d’un taux de renouvellement des matériels entre un an et deux ans et demi. Ils ont dit: on va décorréler les indicateurs financiers et ils ont abouti à un taux de changement qui tourne autour de 4 et 5 ans, et ça en 2 ans. Quand je parlais de faire des économies, on est typiquement ici sur un outil avec lequel le coût du label est amorti par l’allongement de la durée de vie des matériels.
Et puis l’achat de solutions écoconçues, et on dit: je demande des devis pour une prestation de logiciels écoconçus. Et là, on a un outil qui va avoir les avantages de l’écoconception. On s’aperçoit que derrière, l’écoconception coûte un peu plus cher, mais ce n’est pas sûr du tout, et c’est surtout une démarche qui va permettre d’aller à l’essentiel, on a des outils plus efficaces, moins lourds, plus rapides, avec maintenance plus simple. Et ensuite l’évaluation, c’est les critères Numérique responsable dans les achats, il y a l’écoconception mais pas seulement. Il y a le fait, quand vous commandez une application sur smartphone, est-ce qu’elle est capable d’être compatible avec Android 8 ou 9, ou alors uniquement la dernière version d’Android. Sujet assez dramatique aujourd’hui dans les applications, que ce soit aussi bien de service public que d’entreprises privées soit dit en passant.
Extension de la démarche, IA et perspectives du label
On termine par la notion d’étendre sa démarche NR, là on rejoint une notion de la démarche RSE qui consiste à diffuser sur son écosystème, sur son bassin d’emploi, sur son écosystème au-delà de l’aspect économique, de ses parties prenantes au sens large, c’est le fait de généraliser les pratiques numériques responsables auprès du plus grand nombre pour avoir le plus grand impact car bien évidemment le numérique est partout, tout le monde l’utilise et beaucoup d’impacts sont plus situés dans la sphère privée que dans la sphère publique ou ont un aboutissement dans la sphère privée. Donc sensibiliser la sphère privée est importante.
On va retrouver ici le mécénat, mécénat de compétences par exemple. Alors ça, c’est très chouette, le mécénat de compétences en numérique, vous avez des développeurs en numérique que vous allez motiver tout simplement à faire de temps en temps, trois, quatre fois par an une demi journée pour diffuser la bonne parole du numérique responsable, mais aussi en formant des personnes pour éviter la rupture numérique, et donc aider des personnes à utiliser des ordinateurs, avec une petite dimension responsable, mais déjà en cassant la rupture numérique, c’est du gagnant-gagnant pour tout le monde. Des participations à des challenges, pour motiver ses clients, ses collaborateurs, ses adhérents, les citoyens de sa collectivité à rentrer dans… là je cite le Digital Clean Up Day. Mais donc des activités. Et puis derrière, on va intégrer toutes les conceptions de solutions qu’on appelle IT for Good, pour lesquelles on utilise une application à vocation sociale, sociétale ou environnementale bien évidemment.
Avec toujours un problème d’évaluation, une thématique d’évaluation de sa solution: est-ce que le coût écologique et social de ma solution est cohérent par rapport à ce qu’elle rapporte? Là-dessus, en particulier avec les solutions d’IA, et c’est quelque chose qu’on fait en parallèle, qu’on lance actuellement en parallèle du label, une évaluation des solutions d’IA sur leurs impacts sociaux et écologiques. Et souvent, la problématique est plutôt sociale, par rapport aux bénéfices qu’elles apportent. Et je vous invite à la vigilance car c’est un point difficile et il y a des enjeux extrêmement importants, voire graves sur le sujet.
Comment est-ce que ça marche? On a deux niveaux de label, 1 et 2. Et on a des déclinaisons sectorielles, une pour les collectivités territoriales, une pour les ESN. La démarche de labellisation, il y a tout d’abord une formation numérique responsable, mais surtout à la méthodologie de labellisation. Ensuite vous avez l’auto-évaluation, une grille d’évaluation qui est le référentiel, mais que l’organisme qui se labellise va étudier avant de la faire consolider par un audit externe réalisé à distance pour le niveau 1 par des auditeurs internes ou prestataires de l’agence Lucie. Et suite à cet audit, on va lui demander de prendre des engagements, c’est-à-dire qu’en gros, l’audit est une photographie, on ne se contente pas de faire une photographie de la solution, c’est : quel est votre engagement de progrès? Car on a une exigence sur la photo mais elle n’est pas suffisante. Donc derrière, on a une attribution du label valable deux ans. La première démarche globale, il y a à peu près un an de préparation, puis deux ans, et tous les deux ans on renouvelle. Le score à obtenir durant l’audit, c’est 300 points sur 1000. C’est tout à fait raisonnable et atteignable.
Sur le label de niveau 2, on a le même principe de démarche, une formation, plus costaud, elle dure trois jours, une auto-évaluation, un audit sur site, un audit qui est beaucoup plus long donc ça coûte plus cher, avec des engagements validés également par un comité de labellisation, un groupe de quatre personnes minimum, qui changent, il y a une trentaine de membres dans ce comité, qui vont évaluer très en profondeur le plan d’action. Ce plan d’action dure trois ans, avec un audit de suivi à 18 mois pour voir s’il est bien mis en œuvre par rapport à ce qui était prévu. Et derrière on a un score de 500 points demandé pour le label.
Je vais terminer en mentionnant que nous travaillons également sur l’évolution du référentiel, avec un rapprochement avec les enjeux RSE, pour renforcer cette proximité, des indicateurs plus précis que le référentiel actuel, et qui feront consensus. Intégration d’un certain nombre d’enjeux sociaux et sociétaux qui ne sont pas encore pleinement visibles dans le référentiel. Et puis l’intégration des enjeux de l’IA qui bien sûr sont extrêmement importants sur ce sujet. Donc on crée une structure qui va créer un référentiel sur lequel le label va s’appuyer. Et puis pour mémoire, nous proposons la formation pour piloter la démarche numérique responsable qui vient compléter le dispositif, qui est obligatoire pour le label, mais qui peut être aussi un projet indépendant, tout simplement pour adopter une démarche numérique responsable. Et puis on va travailler sur la conception d’une formation, d’une certification de référent numérique responsable. Voilà, et toutes mes excuses pour le petit dépassement de temps. Merci, je te repasse la parole, Lucas.
Lydie Bousseau et Chiara Giraudo – Alt-Impact : Actions du programme et état des lieux dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche
Présentation des intervenantes et rôles dans Alt Impact
Je suis Lydie Bousseau, je travaille à l’Ademe dans le service sobriété numérique. Et donc, dans le programme Alt Impact que je vais vous présenter juste après, j’ai été focalisée sur les missions de structuration de la formation et un peu de développer et de massifier ces actions de formation. Voilà pour ma part. Et Chiara, ma binôme…
Merci Lucas, merci pour l’invitation, je suis Chiara Giraudo, ingénieur pédagogique au CNRS, et avec Lydie, on est toutes les deux co-référentes de la partie formation du programme Alt Impact, je suis sur les enjeux de l’ESR, comment mobiliser les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche sur les problématiques de la sobriété numérique. Lydie, je te laisse présenter le programme.
Présentation générale du programme Alt Impact
Très bien, merci Chiara. Le programme Alt Impact, pour vous présenter rapidement, c’est un programme financé par les certificats d’économies d’énergie, qui a démarré fin 2023 et qui a pris fin tout récemment, fin 2025. Initialement prévu pour trois ans, il a connu une fin pas forcément anticipée, mais avec un prolongement qui n’a pas pu se faire plutôt. Cette période de janvier à juin est plutôt consacrée à accompagner nos partenaires dans la finalisation de leurs actions. On est plutôt sur une fin d’actions, donc, on ne fait plus, on ne démarre plus rien de nouveau, on n’engage plus de fonds pour des nouvelles actions. Mais bien sûr, on reste à l’écoute et voilà, on peut toujours être contactées et on reste un point de contact pour toutes les actions qui sont, en tout cas, on parle pour la formation et la sensibilisation, mais le programme va rester sur pieds jusqu’à la fin juin 2026.
Donc, nos cibles étaient, sont, étaient, c’est un peu compliqué de s’exprimer là-dessus, mais le grand public, avec une campagne, plusieurs campagnes, des campagnes de sensibilisation, puisque pour le grand public, c’était ces actions-là qui comptaient. La formation, c’était pour les collectivités territoriales et les salariés dans toutes structures, et plus tardivement, on s’est rendu compte que la cible enseignement supérieur et recherche allait être vraiment une cible importante, et donc, c’est tout l’enjeu de la présentation après et du travail de Chiara.
Les membres qui soutiennent ce programme, c’est l’Ademe, le CNRS et l’INRIA, et comme je le disais, on est les représentantes de l’axe 1, formation et sensibilisation, mais il y avait à côté un axe fort également qui était là pour donner des méthodes de mesure de l’impact des activités numériques. Donc, c’était l’axe 2. Et qui concerne également les bases de données pour les rendre publiques et accessibles. Il y avait également l’axe 3, la mise en marche de la sobriété dans les territoires. Voilà pour une présentation succincte du programme Alt Impact.
Actions de formation et de sensibilisation : objectifs et partenaires
Concernant les actions de formation, puisqu’on est sur la fin, on a souhaité vous présenter cette colonne que vous voyez au centre, avec les ressources existantes. Ce qu’on laisse à la fin d’Alt Impact, ce qu’on a réussi à réaliser. A gauche, vous pouvez lire deux grands objectifs: certifier les connaissances et les compétences, et on avait aussi comme mission d’accélérer, de massifier, ces formations et cette sensibilisation à la sobriété numérique.
Donc, pour entrer dans le détail, on a eu un premier partenaire très fort dans ce programme qui était Pix, que vous connaissez très certainement, dont la mission est de valider les compétences numériques, globalement. Et avec ce partenaire, on a réussi à développer un référentiel de compétences spécifiques à la sobriété numérique, qu’on a appelé Pix+NR, avec le référentiel d’évaluation qui correspond. Et sur lequel viendra s’adosser normalement une certification, donc, avec France compétences, qui est en cours de construction. Cette action va perdurer au-delà de la fin du programme Alt Impact et se développe jusqu’à la moitié de 2027. En attendant, il y aura très certainement une attestation qui pourra être délivrée avant cette certification.
Ensuite, on refera un zoom après, mais on peut la présenter, avec l’ESR, enseignement supérieur et recherche, on a commencé par créer un référentiel de compétences socles pour tous, en milieu professionnel, avant d’élargir sur d’autres cibles. Ce référentiel a été publié, a fait l’objet d’un article qui est consultable.
Ensuite, on a eu d’autres actions qui concernent cette fois la sensibilisation, toujours pour les mêmes cibles, grand public, ESR et salariés, avec le partenaire Latitudes. On parle de sensibilisation, Latitudes, il faut savoir, est très lié avec l’enseignement supérieur et la recherche, et va aller, continue d’ailleurs, parce que leurs actions vont se poursuivre après la fin du programme, ils viennent outiller les enseignants chercheurs et tout le personnel d’ailleurs, qui peut être à même, soit d’animer un atelier spécifique, une option, ou un cours, ou en tout cas, qui souhaite sensibiliser ses étudiants à la sobriété numérique. Donc, là, on travaille avec ce partenaire Latitudes.
Et on a d’autre part, j’essaie de faire un peu rapide parce que sinon, je vais me faire… Voilà, je vois Lucas qui va réagir. On a lancé un appel à projets, c’était une des dernières actions pour la sensibilisation, donc, on finance des projets cette fois pour les entreprises à destination de leurs salariés.
Déploiement sectoriel : salariés, secteur public et production de contenus
En ce qui concerne cette cible des salariés, on a également un partenariat fort que vous retrouvez tout en bas du tableau, et qui concerne le secteur privé et un partenariat avec l’OPCO Atlas, qui est l’OPCO qui centralise toutes les entreprises du secteur, en tout cas de la cible qu’on souhaitait toucher, les responsables, les développeurs informatiques, etc. Sachant qu’il y a des DSI dans tous les secteurs d’activité, mais on s’est concentré sur l’OPCO Atlas qui a réussi à former plus de 600 salariés. Donc, ça, c’est un objectif largement remporté.
Pour le secteur public, notre partenaire a été le CNFPT, également un partenaire très fort, et pour qui nous avons mis à disposition le MOOC impact num. Le MOOC qui est développé par Inria et qui fait l’objet en ce moment-même pas d’une refonte, mais d’une mise à jour, qui va encore plus loin, qui fonctionnait déjà très bien, on retrouve cette information en milieu de tableau, en caractères gras, ce MOOC est remis au goût du jour, en tout cas avec des contenus qui vont encore plus loin.
Et nous avons également de la production de contenus. Cette fois, toujours avec le partenaire Pix, qui a démarré en toute fin 2025, et qui va nous mener à la création de 30 modules e-learning. C’est une première pour Pix dont l’activité était juste de certifier les compétences, cette fois, on pourra aller s’entraîner sur la plateforme Pix, et jusqu’à la fin 2026, ils vont continuer tout seuls pour la seconde partie, mais on les accompagne pour la création de ces modules avec plusieurs experts Inria, CNRS, Ademe, voilà, une large participation de tout le monde.
J’espère que je ne suis pas allée trop rapidement, je voulais laisser de la place à Chiara pour une activité qui a été, vous le verrez, qui nous a permis quand même d’obtenir une vraie belle cartographie des formations. Je te laisse la parole, Chiara.
Cartographie des formations à la sobriété numérique : objectifs et méthode
Merci Lydie pour cette introduction. Effectivement, je vais vous parler de la cartographie des formations et du réseau des référents sobriété numérique. Alors, au départ, dans Alt Impact, mai 2024, quelques mois après le lancement du programme que vient de présenter Lydie, on a eu l’idée de cartographier les certifications et formations qui incluent la thématique de la sobriété numérique. L’objectif était de voir l’éventuelle pénurie de diplôme, et de pouvoir ensuite définir une stratégie de déploiement de la formation sobriété numérique. Et de pouvoir déployer ensuite cette formation et d’autres actions annexes.
Du coup, à préciser ici, on parle de diplômes et certifications, on les utilise comme synonymes ici, qui se distinguent d’une formation. Le diplôme atteste des compétences, caractérise les compétences. Une formation, ça va être un programme, un dispositif sur une durée qui va réunir un certain nombre d’étudiants sur une période spécifique. Pour distinguer les deux, par exemple, un master en informatique, c’est un diplôme délivré par 20 universités, donc, 20 formations différentes en France.
Résultats de la cartographie : disciplines, niveaux et territoires
On avait cet objectif et comme méthode, on a réfléchi à quelles bases de données utiliser, on a regardé plusieurs bases de données et on a dû choisir. On a choisi celle de France compétences qui référence les fiches RNCP, parce que tous les diplômes d’Etat sont tous répertoriés de droit sur ce site internet. On s’est dit: au moins, on est sûr d’avoir toutes les formations disponibles vu qu’on voulait faire une analyse nationale. C’était intéressant d’avoir cette base avec les fiches RNCP, et en revanche, on n’avait pas ici le nombre de formations, seulement les diplômes. Une fiche RNCP, c’est un diplôme. Et pour cela, on a fait le lien avec le site de l’Onisep qui fait un lien.
Donc, on a, après le choix de ces bases de données, identifié des mots clés, on a créé une liste en lien avec la sobriété numérique. Je vous donnerai le lien vers la synthèse plus détaillée de cette cartographie. On a regardé sur les sites de France compétences, France travail, la page Wikipedia du numérique sobre, le plus de mots clés possibles. Ensuite, on a recherché ces résultats dans les bases de données de France compétences. On a mis toutes ces données dans un tableur, on avait plus de 20 000 résultats, on s’est dit que ça faisait beaucoup à analyser et il y avait beaucoup d’erreurs. On a utilisé le code NSF, nomenclature des formations de l’Insee, et on a appliqué ce code informatique pour faire un tri supplémentaire. On a supprimé les certifications qui ne correspondaient pas du tout et on a rangé selon les disciplines. On a utilisé le répertoire opérationnel des métiers et emploi, ROME, pour catégoriser selon les disciplines d’enseignement. On a analysé les résultats selon quatre variables, les matières étudiées, la localisation, les mots clés. On a fait une synthèse, identifié les limites, les perspectives, et on a fait des pistes de réflexion pour élaborer une stratégie de formation dans l’ESR.
On a trouvé 108 diplômes, fiches RNCP qui correspondent à 531 formations. On peut voir qu’il y a beaucoup de diplôme et de formations en informatique et industrie, les diplômes sont en bleu, les formation en vert. On a beaucoup moins de diplômes dans certaines disciplines comme les sciences humaines, en maths, en chimie, etc. Face à ce constat, avec une répartition hétérogène par discipline, l’idée est d’homogénéiser les offres de formations. Ensuite, par niveau de diplôme maintenant, on peut voir que la majorité des formations se situent au niveau master, diplôme d’ingénieur, bac+5, un petit peu moins niveau licence, BUT ou licence pro, et encore moins au niveau BTS, DEUG, DUT, etc. Il y avait des formations, des bac professionnels. Il y a beaucoup plus d’offres niveau bac+5 que bac+3, donc, la répartition n’est pas homogène. On préconise d’augmenter l’offre de formations, notamment dans le niveau bac+2, +3, bac+1, il n’y a pas de diplôme à ce stade, ce serait intéressant de regarder les offres de formation.
Et enfin, troisièmement, par répartition géographique, on voit l’effectif étudiant en couleur, la région Île-de-France accueille 27% de l’effectif étudiant, un étudiant sur trois se situe en Île-de-France, on y recense 105 formations sur la sobriété numérique. Les régions qui recensent moins de 5% d’étudiants, par exemple en Normandie ici, disposent de 14 formations qui incluent la sobriété numérique. Donc, on peut voir que c’est globalement relativement aligné, pareil, Auvergne Rhône Alpes, je ne vois pas trop si c’est 10-15, et il y a un certain nombre de formations, 84, donc, c’est plutôt aligné, plus il y a d’étudiants quelque part, plus il y a de formations qui incluent la sobriété numérique.
Enfin, si on regarde la répartition par mots clés, je parlais des mots clés qu’on a essayé d’identifier dans différents endroits, on a regardé ces mots clés, lesquels apparaissaient dans ces offres de formation, dans ces fiches RNCP. En première position apparaît écoconception, notamment logiciel, numérique, etc. En deuxième position, RSE, responsabilité sociétale des entreprises. Ensuite, troisième position, numérique responsable et quatrième position, sobriété numérique. Il existe d’autres appellations, empreinte environnementale du numérique, empreinte du numérique, etc. Donc, ce qu’on constate ici, c’est une utilisation disparate des mots clés, parfois en lien aussi avec une signification différente, mais tout de même, parfois, certains mots clés sont utilisés pour parler de thématiques équivalentes, on préconise de clarifier les définitions et d’utiliser un même mot clé pour parler de la thématique de la sobriété numérique.
Limites, perspectives et réseau des référents sobriété numérique
Un certain nombre de limites dans cette étude, vu qu’on voulait un recensement national qui soit le plus neutre possible, qui puisse faire une photographie à l’instant T, on a pris tous les diplômes qui existent, reconnus par l’État. Pour que les fiches soient recensées et actives dans ce répertoire, il faut qu’elles soient déposées depuis plus de deux ans. On avait déjà plusieurs formations qui n’étaient pas présentes. De plus, certains établissements n’ont pas fait le renouvellement de leur titre auprès de France compétences, donc, les fiches étaient désactivées, pourtant, le diplôme, la formation était encore dispensée. Il manque tous les diplômes universitaires. Troisièmement, seuls les diplômes avec les mots clés de la fiche RNCP sont mentionnés, on n’a pas les intitulés de cours. Quatrièmement, l’effectif des étudiants et l’effectif horaire ne sont pas connus. Les méthodes pédagogiques employées, le taux de réussite, l’insertion pro, etc. Donc, une forte disparité en fonction des disciplines, des vocabulaires.
Donc les perspectives, c’est déployer l’offre dans les diverses disciplines de l’ESR, notamment. Deux projets se sont développés, le premier, développer un réseau de référents sobriété numérique, et outiller les enseignants chercheurs pour enseigner la sobriété numérique. Une vidéo sera diffusée prochainement sur le site de l’Uved.
Ici, je vais parler rapidement du réseau des référents sobriété numérique, dont l’objectif est d’accroître le nombre de formations à la sobriété numérique dans toutes les disciplines, pour qu’il y ait plus de formation également pour les personnels. Et donc avec quels moyens? Identifier un référent par université française, pour faire un état des lieux sur les formations à la sobriété numérique, élaborer et déployer un plan d’action avec des formations clés en main, avec par exemple le MOOC de l’INRIA qui peut se développer facilement, ou d’autres formations continues pour les personnels. Et suivre les actions et animer ce réseau.
Pour cela, on a créé, diffusé et animé un dispositif de formation pour animer le réseau. Vous regardez ça peut-être plus en détail, voilà un exemple pour la session 2, voilà le type de programme pour les référents qui ont rejoint le réseau. Et aujourd’hui, le réseau est composé de 42 membres. Vous pouvez voir à gauche qu’on a 22 enseignants-chercheurs, avec un quart membres de la DSI, et on a 6 chargés de mission, et deux autres personnes avec d’autres postes. Vous pouvez voir la répartition géographique à droite. On a quand même réussi à s’implanter sur pas mal de ville du territoire français, même si on a toujours un peu cette diagonale du vide qui ne demande qu’à être peuplée de référents sobriété numérique. Je vais m’arrêter là. Lydie, tu voulais parler des ressources?
Mathilde Vassor et Romain Vindevoghel – Enquêter pour et sur un secteur professionnel : Le cas du « numérique responsable »
Contexte et point de départ de l’enquête
Merci Lucas, merci pour l’invitation, c’est un vrai plaisir de présenter une partie des résultats de l’enquête menée avec Mathilde sur les métiers du numérique responsable. Avant de vous présenter cette enquête, je voudrais commencer par notre point de départ, qui était de faire un rapide historique du numérique responsable. C’est la préoccupation qui accompagne cette notion qui n’est pas nouvelle, plusieurs approches existent pour tenir compte des liens entre numérique, environnement. Et deux termes se sont imposés pour repenser ces liens, plus spécifiquement l’impact positif ou l’impact négatif, le Green IT, pour rendre le numérique plus respectueux de l’environnement en développant des protocoles, des infrastructures, et l’IT for green, qui renvoie à un numérique avec des actions s’inscrivant au sein de la transition écologique.
Structuration du champ du numérique responsable en France
Cela est important car ça permet de comprendre comment est structuré le champ du numérique responsable en tout cas en France. En France où l’émergence de ces questions se traduit par la création d’une association, le Collectif Green IT en 2004, et celle au sein du CNRS avec un groupe de travail, EcoInfo, en 2006, qui se constitue en groupe de services en 2012, qui était censé devenir groupe de recherche au début des années 2020. A la fin des années 2010, la notion de numérique responsable arrive, avec un Institut du numérique responsable, dont on a évoqué le nom tout à l’heure. C’est en 2018. Et cet institut donc développe une certification, un label numérique responsable. Et l’Ademe a publié plusieurs rapports sur ce sujet, avec une délégation interministérielle, en 2019, et deux lois qui portent totalement ou en partie sur le numérique, en 2020 et 2021.
Convergences discursives et cadre commun du numérique responsable
Tout cela crée les conditions pour qu’émerge une définition commune du numérique responsable pour certains acteurs, notamment étatiques et professionnels. Et dans le discours de ces acteurs, ce qu’on a relevé au cours de notre enquête, c’est qu’on pouvait trouver des constats communs, d’une part le fait que le numérique est omniprésent dans la société, et que cette omniprésence pose des questions économiques, sociales et écologiques. Et puis d’autre part, le fait que le numérique représente une part conséquence des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale et que sa production nécessite un nombre important de ressources. Et de même, on trouve chez les acteurs étatiques et professionnels l’idée qu’il faudrait avancer de front sur le Green IT et sur l’IT for Green, et que le numérique responsable est le bon cadre pour cette approche, et avec les enjeux sociaux du numérique, et Philippe Vachet parlait d’IT for Good, c’est un terme qu’on a également trouvé.
Origine de la commande et objectifs de l’étude
C’est dans ce contexte d’émergence du numérique responsable, de ce cadre pour penser le lien entre écologie, environnement, numérique et société, qu’on a été sollicités, que l’université Paris Nanterre a été sollicitée par l’établissement public territorial Paris Ouest la Défense, dans une démarche de valorisation des entreprises présentes sur son territoire. La demande qu’on a reçue portait sur une étude de l’évolution des métiers, dans un contexte de difficultés de recrutement croissantes. Et cette demande s’inscrivait dans une processus plus large qui consistait d’une part à proposer des pistes d’adaptation pour une meilleure prise en compte des enjeux du numérique responsable au sein des entreprises et des formations pour pallier ces difficultés de recrutement, et d’autre part à se positionner comme un territoire moteur sur le sujet du numérique responsable.
Méthodologie de l’enquête et premiers résultats
On a donc mené pendant un an une étude qualitative qui comportait deux volets, entreprise et formation. Aujourd’hui on ne va se concentrer que sur le volet entreprise. Et l’étude qu’on a menée s’est déroulée en deux phases, une première étude exploratoire sur l’offre d’emploi qualifiée comme numérique responsable, sur des sites d’offres d’emploi, et on a identifié les missions de ces métiers, les compétences demandées par les employeurs, et ça a permis tout d’abord de faire apparaître l’existence de nouveaux métiers comme celui de responsable Green IT, et l’existence d’une transformation de certains métiers pour inclure les enjeux de sobriété numérique. Et puis d’autre part, ça a permis de montrer la dimension transversale dans le numérique responsable, mais c’est deux choses sur lesquelles Mathilde va revenir.
A cette étude exploratoire s’est ajoutée une phase d’entretiens semi-directifs et qualitatifs. 15 entretiens qui ont été menés avec des responsables RH, des chefs de projet ou responsables Green IT, directeurs généraux ou territoriaux, adjoints au maire, qui nous ont permis d’élargir le spectre des métiers concernés par le numérique responsable. Cette campagne d’entretiens nous a permis de faire émerger des signaux faibles, c’est-à-dire des métiers qui participaient au numérique responsable sans que ce soit perceptible au premier abord. Cela nous a également permis de dégager une série de compétences propres au numérique responsable, dont Mathilde va vous parler.
Diversité des métiers et transformations professionnelles
Merci, j’enchaîne avec la présentation des résultats du rapport. Donc, le champ du numérique responsable, tout d’abord, recouvre une diversité de métiers, allant des fonctions supports aux métiers de l’informatique, en passant par l’accompagnement au changement, la recherche et l’innovation. L’analyse des données récoltées révèle que les postes intitulés numérique responsable sont rares.
D’autre part, des postes déjà existants se transforment pour inclure les enjeux de la sobriété numérique. Il peut s’agir de postes très divers, du codeur au juriste, en passant par l’acheteur de matériel informatique ou le chef de projet. Cette dynamique témoigne du fait que le numérique responsable transforme les organisations et les métiers de manière transversale et globale.
Deux grandes catégories de professions liées au numérique existent, les techniques d’un côté et les professions de conseil. Par exemple, juriste, chef de projet informatique, des métiers déjà existants dont les métiers se transforment pour répondre à la crise socio-environnementale. Les développeurs adaptent leur manière de coder pour produire des sites web plus sobres. Les acheteurs s’orientent vers des pratiques plus vertueuses, meilleure traçabilité du matériel informatique, par exemple, ou le fait de privilégier la location ou d’acheter du matériel reconditionné. Un verbatim d’entretien de la responsable RH à Saint-Gobin dit que “pour quelqu’un qui serait acheteur responsable, son métier, c’est acheteur, mais il faut qu’il ait l’envie, la conviction, l’envie de creuser. Comment tu me prouves ça? C’est cette capacité à comprendre, à aller chercher, qui fait la compétence. Mais le métier de base est bien celui d’acheteur.”
La formule numérique responsable sert à qualifier des évolutions relativement spécifiques et matérielles de professions déjà existantes. Il ne s’agit pas tant de créer de nouvelles formations spécialisées que d’intégrer une sensibilisation dans les cursus existants. Puis, globalement, on n’a pas besoin de nouveaux diplômes, mais que les filières soient remplies, que les jeunes aient un bon bagage sur le sujet de la RSE et de la transition écologique.
Professions d’interface et enjeux de structuration
Seconde catégorie, les professions du conseil, du management, de la conduite du changement, qui jouent un rôle d’interface, accompagnent la mise en œuvre de stratégie, sensibilisent les collaborateurs, facilitent les transformation, leur acceptation par les équipes. C’est le cas du Sustainable IT program. Il dit: “je parle chaque jour avec les gens de la DSI, avec les gens qui font du développement informatique, je parle avec des chefs de projets, des gens qui font des choses opérationnelles, comme la sélection des PC ou des téléphones qu’on aura”. La formule numérique responsable évoque un nouvel univers de pratiques souvent difficile à définir de manière précise. Les compétences techniques ici ne sont pas un prérequis, mais un socle minimal de connaissances est quand même nécessaire pour dialoguer efficacement avec les autres acteurs techniques.
Si les professions techniques liées au numérique évoluent de manière relativement fluide en intégrant des compétences spécifiques pour adapter leurs pratiques, la dynamique est plus incertaine pour les professions de conseil, elles se heurtent à un manque de structuration, l’absence de formation dédiée et de référentiel clair, qui conduit à des formes de bricolage opérationnel. Les initiatives reposent davantage sur les individus que sur des cadres professionnels stabilisés.
Compétences du numérique responsable : trois champs complémentaires
La dimension transversale de la formation des métiers du numérique responsable rend particulièrement pertinente une réflexion sur les compétences du numérique responsable. Je vais à présente décliner ce deuxième volet. Pour mener à bien leurs missions, les professionnels du numérique responsable ont besoin de compétences plurielles qui touchent à trois champs. Certaines de ces compétences touchent préférentiellement un métier, comme le droit pour les juristes, mais la majorité des compétences sont transversales à plusieurs professions. Cela témoigne à nouveau de la façon dont le numérique responsable transforme les métiers.
Dans les offres d’emploi analysées, les compétences relèvent majoritairement de la gestion de projet, de la coordination, de la capacité à intégrer des enjeux environnementaux dans des projets existants. Je donne quelques exemples: savoir conseiller les bonnes technologies en fonction des objectifs du numérique responsable, capacité à comprendre le rôle de la communication dans le changement organisationnel, savoir construire des ateliers de sensibilisation sur le numérique responsable. C’est lié aux fonctions de management, consultants numériques responsables. Le numérique responsable s’inscrit dans un mode de fonctionnement organisationnel déjà existant, celui du travail en mode projet, hérité de logique informatique classique. Cela permet de faire travailler des acteurs aux compétences très diverses. Cela implique plus largement des compétences communicationnelles. Ces compétences sont particulièrement associées aux métiers de chargé de numérique responsable ou chargé de communication. Ce type de compétences reflète également la dimension transversale des métiers du numérique responsable. Les différents acteurs doivent savoir vulgariser les spécificités de leur métier et entrer en dialogue avec d’autres pour mener les projets à bien.
D’autre part, la thématique du numérique responsable nécessite de conseiller, sensibiliser ou encore argumenter pour mettre le numérique responsable et la sobriété numérique au centre des stratégies organisationnelles, ou encore pour inciter les acteurs de manière plus individuelle à opter pour une responsabilisation de leurs pratiques numériques.
Le deuxième champ de compétences, la culture numérique, les compétences techniques en informatique nécessaires pour diminuer l’empreinte socio-environnementale du numérique responsable. Ces compétences sont principalement liées au métier de responsable DSI, développeur, réparateur d’ordinateur, elles recouvrent l’écoconception, c’est la prise en compte des enjeux socio-environnementaux dans la conception numérique, il s’agit du green coding, c’est-à-dire l’optimisation du code pour diminuer l’empreinte carbone, mais également la dimension inclusive des produits numériques. Ces compétences techniques peuvent également inclure la connaissance du fonctionnement de matériel des équipements informatiques qui permet de les réparer et d’allonger la durée de vie.
Ce champ de compétences concerne également des métiers non directement liés à l’informatique, comme les responsables RH, juristes, chargés de numérique responsables. Pour ces métiers, il est nécessaire d’acquérir une culture numérique responsable, c’est-à-dire de connaître les impacts socio-environnementaux du numérique et les façons de les diminuer, de façon à pouvoir dialoguer avec les acteurs plus techniques comme les développeurs, les chefs de projet numérique ou les directeurs de systèmes d’information. Je vous donne quelques exemples de formulations de compétences qu’on a croisées : “Compréhension des enjeux stratégiques du numérique responsable, bonne connaissance des enjeux socio-environnementaux du numérique, connaître les solutions de calcul de l’empreinte CO2 et accompagner leur utilisation par les entreprises clientes”. Les frontières de cette culture dépendent des métiers, c’est connaître l’impact socio-environnemental des pratiques informatiques et de connaître les enjeux stratégiques de la mise en place d’une politique responsable, et de connaître les acteurs législatifs, associatifs, industriels, participant au champ du numérique responsable. L’existence de cette culture partagée témoigne de la dimension transversale et d’un bagage culturel commun à l’ensemble de ces acteurs.
Enfin, le numérique responsable fait l’objet d’une politique publique, la réglementation est un élément central des compétences à acquérir. La connaissance des réglementations et la prise en compte de leurs évolutions futures possibles sont nécessaires pour les métiers fortement liés au droits, comme juriste, acheteur, ou responsable RSE, ou chargé de projet numérique responsable. Il peut s’agir des compétences suivantes : “connaître les politiques et labels RSE, connaître les réglementations RSE et l’évolution des réglementations numériques responsables. Le numérique responsable se structure autour de marchés publics et d’appels d’offres privés, notamment pour l’achat des produits et services”. Ce n’est pas donc uniquement la législation directe, mais le droit relatif aux appel d’offres privés ou publics, par exemple, connaître les règles des marchés publics. Ce champ de compétences souligne le rôle joué par les labels, on l’a vu lors de la première présentation, les textes réglementaires sont également importants, les normes professionnelles, tous ces éléments sont importants dans la structuration du champ du numérique responsable. Ces textes encadrent la logique en mode projet et standardisent les manières de faire, ils induisent une limite structurelle qui explique l’absence de changement d’ampleur dans les organisations.
Résultats transversaux et discussion conclusive
Et c’est effectivement un des deux grands résultats qu’on a identifiés, qu’on voulait mettre en avant aujourd’hui, le fait que c’est une évolution qui est transversale. C’est un des premiers résultats qu’on voulait évoquer, la transversalité de l’évolution liée au numérique responsable, mais aussi le fait que ça s’intègre, ça prend forme dans un cadre singulier, très particulier, qui ne questionne pas les modes de production, qui vise plutôt à accompagner des pratiques, des modèles en leur donnant une orientation numérique responsable, ce qui est tout à fait relié avec cette notion de transversalité qu’on a vue. Car il s’agit moins de transformer en profondeur mais plutôt d’orienter, aider à réorienter un peu certaines pratiques et parties de l’activité. Ces résultats, pour conclure de manière un peu plus réflexive sur l’enquête, ils invitent aussi à s’interroger sur la manière de travailler sur l’écologisation des pratiques professionnelles, leur prise en compte. Et on voit aussi qu’en se référant à la notion de numérique responsable, l’enquête vers des acteurs se référant au numérique responsable, au-delà de Green IT, low tech, et celles qui ne sont pas labellisées, car on a aussi écarté celles qui n’étaient pas labellisées, qui pouvaient être comprises dans ce cadre d’analyse, mais sans être véritablement identifiées. Donc il pourrait être intéressant d’élargir le spectre.
Questions
- Question sur le coût des formations de l’agence LUCIE
- (Philippe Vachet) Alors le coût comporte deux parties, enfin trois parties. Il y a un coût lié à la formation initiale, donc cette partie, on peut faire une formation avec un participant minimum, ça va de 750 à 1200 euros, enfin 1800, mais c’est finançable dans la formation continue. Autrement, le label lui-même, c’est de 500 à 6000 euros selon la taille de l’organisation. pour une organisation d’un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros ou équivalent, on est aux alentours de 2000 euros. Et 500-600 euros pour les organisations jusqu’à 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et ensuite il y a l’audit. Le niveau 1, l’audit est de l’ordre de 1000-1200 euros, et pour le niveau 2, il peut aller jusqu’à 4000, 5000 euros voire un peu plus quand on est une grosse organisation, complexe. Mais pour la majorité des entreprises et organisations, le niveau 1 est de l’ordre de 1000 euros et le niveau 2, 3000 à 5000 euros. Donc l’audit le plus cher de niveau 2, c’est tous les trois ans. Et l’audit de niveau 1, c’est tous les deux ans. Donc globalement, on est sur des coûts pour des petites structures, moyennes structures, d’un chiffre d’affaires de moins de 10 millions d’euros en coût annuel rapporté moyen à moins de 1000 euros par an. Parce que si vous avez 500 euros de redevance, l’audit étant tous les deux ans, globalement ça fait de l’ordre de 1000 euros par an. Et pour des organisations plus importantes, toujours en niveau 1, il y a une moyenne pour les entreprises plus importantes, mais qui peut être de l’ordre de 1500 euros. Le label de niveau 2 est important mais on le recommande pour les organisations plus importantes aussi. Le label est aussi accessible pour les collectivités territoriales, mais là, on parle de budget, non pas de chiffre d’affaires, bien entendu.
- (Marta Severo) Je m’interrogeais sur la distribution géographique des référents numériques, en France, on a toujours un pic en Île-de-France, et là, je m’interrogeais si c’était lié à vos actions de médiation, ou par rapport à la géographisation de l’enseignement supérieur?
- (Chiara Giraudo) Sur la répartitition géographique, effectivement on a remarqué que les zones où ils ne sont pas uniquement sur cette thématique mais qui l’abordent dans certains enseignements, c’est corrélé avec certains pôles, par exemple en région Auvergne Rhône Alpes, vers Grenoble, avec beaucoup d’investissements dans ces sujets, avec des collectifs qui travaillent autour de la sobriété numérique. Donc on a remarqué que c’était aussi lié à des actions plus locales, disons. On a remarqué ce lien. Après ce serait bien de faire ce parallèle, là on a juste regardé l’effectif étudiants et le nombre de formations, mais ce serait bien d’ajouter d’autres choses sur cette carte, voir si ça ne correspond pas à des collectifs locaux ou d’autres liens. Du coup, je veux bien que vous répétiez la première question s’il vous plaît.
- (Marta Severo) Je demandais comment vous réagissez à la présentation de Mathilde Vassor et Romain Vindevoghel, c’est-à-dire leur panorama des métiers, est-ce que ça correspond à ce qu’il y a dans les formations? Ou alors il y a un décalage et on ne voit pas les compétences que vous voyez dans les formations, ça n’apparaît pas encore dans les métiers?
- (Chiara Giaraudo) Alors nous, dans l’analyse qu’on a pu faire, c’était vraiment une analyse globale, nationale, seulement dans ce qui apparaissait dans les fiches RNCP, et finalement, c’est quand même généralement des compétences assez généralistes. Je ne sais plus ce que je cite à un endroit, mais c’était une formation sur le cinéma: réaliser des vidéos en tenant compte de la sobriété numérique. Donc ça reste très large. Ce qu’on a regardé, c’était surtout ces formations où les mots-clés apparaissaient dans la liste de compétences mais on n’avait pas accès à tout le syllabus de formation. Donc c’était marqué dans la fiche RNCP, on n’est même pas certain que c’était enseigné, mais on suppose, normalement oui, mais on ne sait pas du tout dans quelle mesure. Après, on a fait aussi, ce qui peut vous intéresser, c’est le référentiel de compétences socles pour tous, pour tout professionnel sur la sobriété numérique, et on a imaginé la sobriété numérique comme étant saupoudrée dans chaque poste professionnel. Chaque poste professionnel a un rôle à jouer pour la sobriété numérique. Ce n’était pas pour les responsables Green IT, ils n’étaient pas encore référencés quand on a fait l’étude, mais on a fait une méthode différente, mais donc avec des nouvelles formations, master, qui étaient vraiment plus sur le numérique responsable dont les postes où dans l’intitulé figurait numérique responsable. On regardait comment ça pouvait être distillé dans les formations déjà existantes.
- (Lucas) Est-ce que vous avez des données de trajectoires académiques, ou de formation des personnes que vous avez interrogées pour savoir si elles ont participé à des formations de numérique responsable? Est-ce que ça vous a permis d’identifier des acteurs, ni universitaires, ni institutionnels, qui ont aussi ces formations, des tiers-lieux, d’autres figures de la montée en compétences des professionnels si on peut dire?
- (Mathilde Vassor) Sur la question des trajectoires, on a pu repérer deux types de trajectoires. La première, ce sont des gens entrés sur le marché du travail il y a assez longtemps et qui ont au cours de leur carrière, rencontré le numérique responsable si j’ose dire, par des effets d’aubaine, qui vont ensuite intégrer des postes. Mais pour ces personnes, il n’y a pas eu de formation initiale, c’est de la formation en continu, comme tu disais, par des associations, on n’en a pas trop croisé, mais ça peut être des agences de conseil, des acteurs extérieurs qui viennent faire des formations assez courtes. Là, je n’ai plus les noms en tête, mais en gros, ce sont des prestataires. Et ça, c’était la majorité des personnes qu’on a pu rencontrer. Donc, trajectoire biographique dans laquelle le numérique responsable s’insère assez tardivement. Et on a aussi pu rencontrer des personnes plus jeunes, beaucoup en alternance, qui avaient fait des formations à bac+5 dans la RSE, ce n’était pas forcément labellisé numérique responsable, mais ils vont donner une teinte numérique responsable à leur diplôme en choisissant de réaliser leur stage de fin d’étude ou leur alternance dans cette thématique-là. Et là, effectivement, le numérique responsable est au début de la carrière. Mais après, ce n’est pas forcément des jeunes qui vont choisir de poursuivre leur carrière là-dedans, ça peut être vraiment un démarrage, ils sont plutôt là sensibilisés à la question environnementale, qui les anime d’abord.
- (Arnaud Bridou) Oui, bonjour, je suis doctorant en sciences de l’information et de la communication, sous la direction de Deux personnes, je suis en CIF , nous développons un système de gestion des contenus pour permettre de construire des sites web inclusifs, sobres et écoconçus. La coopérative a déployé un cadre d’analyse, le numérique d’intérêt général, qui vient prendre en considération des enjeux dans la conception des sites web qui vont au-delà du site web, mais également liés aux institutions qui viennent utiliser cela. Ma question fait écho à ce qui était évoqué à la fin de la dernière présentation, fait un lien avec l’évolution du référentiel numérique responsable, est-ce qu’il prendra en considération cette évolution du référentiel, les questions de décroissance, d’éco-responsabilité générale de l’entreprise qui va décider d’engager une telle démarche au-delà de sa volonté affichée d’avoir ce label? J’aimerais avoir votre avis sur ce point. S’agit-il de quelque chose de souhaitable, doit-on rester dans un modèle où le label numérique responsable ne vient pas questionner les en jeux de production même de l’entreprise?
- (Philippe Vachet) En effet, l’évolution du label numérique responsable intègre un élément très important, j’ai fait une version courte, je n’ai pas beaucoup développé, mais qui est à un niveau 3. Il y a deux niveaux, mais demain, il y aura un niveau 3 qui lui, aura pour objet de comparer l’alignement de la démarche numérique responsable aux limites planétaires. C’est là où on va intégrer véritablement, d’une certaine manière, essayer de répondre à votre demande en ce sens, c’est-à-dire que là, on est sur de la gestion de projet, mais on est sur le fait de dire: quel est l’impact, globalement, vis-à-vis des limites planétaires, élargi à certaines matières rares pour lesquelles il y a des risques de pénuries, limites planétaires élargies, et donc, voir quelle est la trajectoire de l’entreprise par rapport à son projet, vis-à-vis de ces limites. Donc, ça, ça oblige véritablement, parce que c’est un travail qu’on a déjà initié sur la RSE, même si ce n’est pas encore sorti du point de vue dispositif complet, mais c’est en test, ça oblige véritablement l’organisation à se réformer profondément et à être dans une démarche d’innovation, de refonte de son modèle économique qui va donc très loin, puisque, pour y parvenir, je ne peux pas le faire avec des mesures, je ne vais pas dire des mesurettes, parce que ce n’est pas ça, mais je ne peux pas y arriver avec de simples mesures courantes. Atteindre les limites planétaires, c’est un enjeu qui amène à dire: plutôt que d’avoir des bonnes pratiques d’usage de mes logiciels et de mes PC, c’est avoir des matériels achetés à d’autres prestataires, avoir des types d’usages véritablement différents. C’est assez ambitieux. Donc, cette dimension, les travaux démarrent la semaine prochaine.Alors on est sur une base existante, on ne part pas de zéro du tout mais je ne peux pas vous en dire beaucoup plus parce que la construction, on a cinq mois pour le faire, ça sera fait avant le mois de mai car le projet se termine fin juin, on va essayer de terminer un peu avant la deadline. La construction du référentiel socle, la base, pas une norme, mais le socle, et après sur ce référentiel socle, le label NR et d’autres labels qui pourraient se créer demain pourront s’appuyer dessus. Et si vous souhaitez contribuer sur certains travaux, on vient de créer une association, ICDSC, qui aura pour mission de faire vivre ce référentiel socle, le faire évoluer dans le temps. Sa première mission est de le produire et le finaliser dans les cinq mois à venir. Mais c’est ouvert, il y aura un comité scientifique avec des personnes du CNRS entre autres, mais donc c’est ouvert à toute personne experte, en tout cas compétente en numérique responsable. Donc n’hésitez pas à me contacter par ailleurs si c’est quelque chose qui vous intéresse, parce que l’idée, c’est d’avoir les meilleures compétences. C’est une association, il n’y a pas d’activité économique, pas de rétribution, c’est pour la cause, mais cette association, elle produit le référentiel et tous les trois ans, et plus si besoin, elle mettra à jour et s’assurera que le référentiel est utilisé correctement. Le référentiel socle sera utilisable en formation et conseil. Par contre, pour l’utiliser comme une évaluation d’une entreprise ou organisation, il faudra être accrédité par l’association. Donc ce sera aussi le rôle de l’association d’accréditer des évaluateurs. Car on ne veut pas que certains le fassent en faisant du green washing. Donc il y a obligation d’être accrédité par l’association. Mais pour des usages en formation et conseil, le référentiel sera libre.
