Approches queer du numérique : enjeux de design et de visibilité

Pour participer au webinaire, inscrivez-vous

20 mars 2026 de 14h à 17h 

Cette séance est organisée en collaboration avec le thème Traces du Laboratoire Dicen. Elle sera en hybrid, en ligne et à l’Université Paris Nanterre (batiment Ricoeur, R15)

Discutants : Lucas Fritz et Marta Severo, Dicen, Université Paris Nanterre

  • Marc Jahjah – Maître de conférences à l’Université de Nantes (IUT La Roche-sur-Yon)

Web, IA, réseaux sociaux…les origines queers, féministes, décoloniales

« L’histoire des cultures numériques est généralement racontée à partir de ses figures héroïques : pionniers de la Silicon Valley, hackers libertaires, génies solitaires. Cette intervention propose un autre récit. En s’appuyant sur des travaux récents en études queer, féministes et décoloniales du numérique, elle montre que des communautés marginalisées ont joué un rôle fondateur dans l’invention de pratiques et d’imaginaires qui structurent aujourd’hui nos vies en ligne. Du jeu de passing genré imaginé par Turing aux réseaux trans semi-clandestins des années 1980, des archives lesbiennes aux premiers espaces numériques militants noirs comme AfroNet ou NetNoir, des détournements artistiques arabes du glitch aux cartographies queer contemporaines, ces pratiques ne relèvent pas d’une simple adaptation : elles constituent de véritables savoirs politiques du design, de la visibilité et de la survie. L’intervention interrogera enfin ce que ces traditions permettent de penser face aux formes contemporaines de violence et aux offensives réactionnaires qui traversent les espaces numériques. »

  • Dylan Fluzin – Doctorant en SIC, CNAM (Dicen-idf)

Régime dystopique de la présence queer sur Instagram. Récit d’unx Cyborg Précaire

« À partir d’un corpus de publications collectées sur Instagram en janvier 2025, dans un contexte de durcissement des politiques de modération, cette communication interroge un paradoxe : alors même que les dispositifs algorithmiques produisent des formes répétées de censure et de dégradation de la visibilité, les présences queer ne disparaissent pas. Elles persistent. L’analyse met en évidence un ensemble de tactiques situées qui composent un régime d’action transversal face à cette infrastructures hostiles. Cette persistance, que je propose de penser comme un geste d’« insistance », s’articule à des formes d’attachement matérielles, affectives et politiques aux plateformes.

Pour rendre compte de cette condition, je mobilise la figure du cyborg, en la déplaçant des imaginaires transhumanistes vers ses réappropriations cyberféministes. En m’appuyant notamment sur les travaux de Laura Loyola-Hernández et de Donna Haraway, je propose de penser ces pratiques comme des configurations socio-techniques situées, où corps, affects et dispositifs numériques s’entrelacent. Toutefois, loin d’un cyborg émancipateur, le corpus fait apparaître une figure plus ambivalente : celle d’unx« cyborg précaire », pris dans des relations de dépendance, de contrainte et de capture.

Il s’agira ainsi de montrer en quoi cette figure permet de penser simultanément la capacité d’agir et les formes de subordination qui structurent aujourd’hui les expériences minoritaires sur Instagram. »

  • Thibault Grison – Maître de conférences en SIC, Université Lille 3 (GERiiCO / GRIPIC)

Le code, le corps et les mots pour se dire : mobilisations et tactiques transpédégouines contre la censure sur les réseaux sociaux numérique

« L’intervention portera sur la façon dont les communautés queer investissent les réseaux sociaux numériques pour militer avec et contre les dispositifs algorithmiques de modération de contenus. En s’intéressant aux effets discriminants des dispositifs algorithmiques et au prisme d’une épistémologie du placard (Kosofsky Sedgwick, 1990 ; Monea, 2022), la communication propose d’examiner les tactiques mises en place par les internautes pour déjouer les mécanismes de censure dont iels font l’objet pour se rendre (in)visible en ligne. Au-delà d’une focalisation sur l’hétéronormativité des dispositifs de modération, il s’agira de montrer l’intérêt d’analyser les lignes de fuite et de fracture des technologies numériques afin d’en éclairer le fonctionnement opaque. »